La valeur locative d’un bien correspond au loyer qu’il peut raisonnablement générer sur un marché donné, compte tenu de son emplacement, de ses caractéristiques, de la demande et des conditions du bail. Elle ne se confond ni avec le montant souhaité par le propriétaire ni avec le loyer le plus élevé observé dans les annonces immobilières.
Pour établir une estimation crédible au Canada, il faut sélectionner des propriétés réellement comparables, homogénéiser les charges, analyser les signaux de demande et tenir compte du cadre réglementaire provincial. Cette démarche concerne aussi bien un logement résidentiel qu’un local commercial, même si les critères et les modalités contractuelles diffèrent.
L’enjeu consiste à déterminer un loyer soutenable : suffisamment élevé pour préserver la rentabilité, mais cohérent avec ce que les locataires acceptent de payer durablement. Une hausse de loyer théorique perd rapidement son intérêt si elle provoque des mois de vacance ou fragilise la relation locative.
La valeur locative en trois repères
- Retenir des loyers comparables récents, en corrigeant les différences de superficie, de prestations et de charges.
- Confronter le loyer envisagé à la demande réelle, aux délais de location et aux règles applicables dans la province.
- Raisonner en revenus effectivement encaissables plutôt qu’en loyer maximal affichable.
- Pourquoi deux propriétés comparables peuvent-elles avoir une valeur locative différente ?
- Comment sélectionner des loyers comparables pour estimer une valeur locative ?
- Emplacement, superficie ou aménagement : quel facteur influence le plus la valeur locative ?
- Quel risque prend-on en fixant un loyer nettement au-dessus du marché ?
- Quand faut-il réévaluer la valeur locative d’un immeuble ou d’un local ?
- Comment tester la demande locative locale sans se fier à un seul indicateur ?
- Comment évaluer un immeuble commercial avant de présenter une offre d’achat ?
- Comment rendre les revenus immobiliers plus prévisibles malgré les aléas du marché ?
Pourquoi deux propriétés comparables peuvent-elles avoir une valeur locative différente ?
Deux propriétés de même superficie, situées dans un quartier similaire, peuvent générer des loyers différents parce qu’elles n’offrent pas la même utilité au locataire. La qualité de l’entretien, les charges incluses, le confort, les conditions du bail et les règles provinciales influencent le montant réellement acceptable. Leur ressemblance extérieure ne suffit donc pas à établir une valeur locative identique.
La première distinction concerne la valeur locative potentielle et la valeur locative soutenable. La première représente un niveau de loyer envisageable dans des conditions favorables. La seconde correspond à un montant compatible avec la demande, la solvabilité des occupants, les contraintes juridiques et le maintien d’une occupation satisfaisante.
Un logement récemment repeint peut paraître équivalent à un autre entièrement rénové. Pourtant, la qualité des fenêtres, l’insonorisation, l’efficacité du chauffage et l’état des parties communes modifient sensiblement l’expérience quotidienne du locataire. Une gestion réactive et un entretien régulier peuvent également améliorer l’attractivité d’un immeuble sans se traduire par une caractéristique immédiatement visible dans une annonce.
Les charges représentent une deuxième source importante d’écart. Un appartement loué avec chauffage et stationnement inclus ne se compare pas directement à un appartement dont le locataire assume ces dépenses. Pour un local commercial, la différence entre loyer brut et loyer net peut être encore plus significative puisque les taxes, l’assurance et l’entretien peuvent être répartis contractuellement.
Au Canada, la réglementation introduit une troisième dimension. Au Québec, le bail résidentiel comporte notamment des obligations relatives à la déclaration du loyer antérieurement payé. L’avis au nouveau locataire du Tribunal administratif du logement précise les informations généralement exigées, notamment celles de la section G du bail. Les règles et exceptions applicables doivent être examinées selon le logement concerné.
Enfin, un loyer annoncé n’est pas nécessairement un loyer obtenu. Une propriété peut rester affichée longtemps parce que son prix demandé dépasse les attentes du marché. Inclure indistinctement ces annonces dans une moyenne revient à intégrer des ambitions commerciales plutôt que des transactions confirmées.
La comparaison pertinente commence donc par l’identification de ce qui différencie réellement les biens, et non par leur simple proximité géographique.
Comment sélectionner des loyers comparables pour estimer une valeur locative ?
Pour estimer une valeur locative, sélectionnez des propriétés récentes, proches et similaires par leur usage, leur superficie, leur état et leurs charges. Constituez ensuite un échantillon limité de références pertinentes, puis ajustez individuellement les écarts observés. Cette méthode est plus fiable qu’une moyenne regroupant des appartements, commerces ou immeubles dont les caractéristiques diffèrent sensiblement.
Un bon comparable doit répondre à plusieurs critères de sélection. La proximité géographique est importante, mais elle ne suffit pas : deux rues voisines peuvent présenter des niveaux de demande très différents en raison de l’accessibilité, du bruit, de la visibilité ou de la nature des activités environnantes.
La grille suivante permet de filtrer les références avant de calculer un loyer cible.
| Critère | Vérification | Risque si ignoré |
|---|---|---|
| Localisation | Même quartier ou secteur présentant une demande comparable | Écart de clientèle ou d’attractivité |
| Vocation | Résidentiel, commerce, bureau ou entrepôt de même catégorie | Comparaison de marchés distincts |
| Superficie | Surface et configuration proches, unité de mesure identique | Prix unitaire trompeur |
| État | Rénovations, équipements et entretien comparables | Prime de qualité injustifiée |
| Charges | Services inclus, loyers additionnels et dépenses assumées | Montants non homogènes |
| Actualité | Date de l’annonce ou du bail, disponibilité vérifiée | Référence devenue obsolète |
Il faut aussi distinguer les catégories de données. Les annonces indiquent des loyers demandés, tandis que les baux conclus documentent des montants effectivement négociés. Ces derniers peuvent être obtenus auprès de gestionnaires ou de professionnels disposant de transactions vérifiables, sous réserve de confidentialité et d’accès aux informations.
Pour le résidentiel, les tableaux de l’Enquête sur les logements locatifs de la SCHL présentent notamment des loyers moyens, des taux d’inoccupation et des taux de rotation pour les territoires couverts. Ces données permettent de contextualiser un marché, mais leurs moyennes ne donnent pas directement le loyer approprié d’une unité particulière.
Une fois les références retenues, choisissez un comparable central et corrigez ses différences avec le bien à évaluer. Une place de stationnement, une rénovation récente ou une meilleure visibilité commerciale peut justifier un ajustement, à condition que le marché démontre une disposition à payer pour cet avantage.
Estimer un loyer en cinq actions vérifiables
- Décrire le bien : établir une fiche indiquant l’adresse ou le secteur, l’usage, la superficie, l’état et les charges incluses.
- Recueillir les références : constituer un tableau de comparables datés en précisant pour chacun s’il s’agit d’un loyer demandé ou conclu.
- Filtrer les écarts : écarter les références incompatibles et produire une sélection argumentée de biens réellement similaires.
- Normaliser les montants : établir une grille d’ajustement séparant les différences de prestations, de charges et de conditions contractuelles.
- Définir une fourchette : consigner un loyer prudent, un loyer central et un plafond à tester, avec les hypothèses justifiant chaque niveau.
Dans un marché évolutif, la fraîcheur des observations mérite une attention particulière. Un bail conclu plus d’un an auparavant peut servir de contexte, mais il ne devrait pas peser autant qu’une transaction récente si la demande ou l’offre locale a changé.
Le résultat doit être une fourchette expliquée et actualisable, plutôt qu’un montant unique donnant une impression trompeuse de précision.
Emplacement, superficie ou aménagement : quel facteur influence le plus la valeur locative ?
Le facteur le plus influent dépend de l’usage du bien et des besoins de ses futurs occupants. L’emplacement est souvent déterminant pour un logement, tandis que la visibilité et l’accessibilité peuvent dominer pour un commerce. La superficie et les aménagements jouent ensuite un rôle variable, selon leur utilité et la clientèle locative recherchée.
Pour un appartement, la proximité des transports, des écoles, des services ou des pôles d’emploi contribue à l’attractivité. Toutefois, un logement très bien situé, mais mal isolé ou insuffisamment entretenu, peut rencontrer davantage de résistance qu’un logement légèrement excentré offrant un meilleur confort.
Dans le commerce de détail, l’emplacement doit s’apprécier à l’échelle de la clientèle. Un local situé sur une rue fréquentée peut bénéficier d’une forte exposition, sans nécessairement convenir à une activité nécessitant un stationnement important ou un accès de livraison. Pour un entrepôt, les accès routiers et les caractéristiques fonctionnelles peuvent peser davantage que la visibilité de la façade.
La superficie n’augmente pas toujours proportionnellement la valeur locative. Le loyer total peut progresser avec la surface alors que le loyer par pied carré diminue, notamment lorsqu’un grand local dépasse les besoins de nombreux candidats. Des effets de seuil apparaissent lorsque la taille du bien modifie le type de locataire susceptible de l’occuper.
Les aménagements doivent, eux, être évalués selon leur utilité économique. Une cuisine rénovée, un stationnement supplémentaire ou des équipements techniques ne génèrent une prime que si les locataires ciblés les valorisent suffisamment. Un investissement coûteux mais peu pertinent peut améliorer l’apparence du bien sans augmenter son loyer soutenable.
Avant de réaliser des travaux, comparez des propriétés du même secteur avec et sans l’amélioration envisagée. Pour un stationnement, par exemple, recherchez des écarts de loyers réellement observables et confrontez-les au coût de création ou d’entretien de la place.
Une autre approche consiste à évaluer le coût total d’occupation du point de vue du locataire : loyer, charges, transport et dépenses nécessaires à l’usage du bien. Ce raisonnement évite d’attribuer une prime excessive à des caractéristiques secondaires.
Le bon arbitrage consiste à investir dans les améliorations pour lesquelles il existe une demande identifiable, plutôt que dans celles qui semblent simplement valorisantes.
Quel risque prend-on en fixant un loyer nettement au-dessus du marché ?
Fixer un loyer nettement supérieur au marché augmente le risque de vacance, réduit le nombre de candidats et peut fragiliser les revenus. Même si le prix demandé paraît plus rentable, les mois sans occupant, les frais de relocation et les concessions nécessaires peuvent effacer le gain attendu. Le rendement doit donc être mesuré sur les sommes encaissées.
Le premier risque se calcule en comparant le revenu annuel effectif à celui d’une stratégie de prix plus modérée. Un propriétaire peut obtenir un loyer mensuel supérieur, mais perdre une part importante des recettes si le bien reste inoccupé plusieurs mois.
Simulation hypothétique : le coût d’un loyer surévalué
Supposons un logement pouvant être loué 2 000 $ CA par mois pendant douze mois, soit 24 000 $ CA de revenus bruts annuels. Le propriétaire choisit plutôt un loyer de 2 300 $ CA, soit 15 % de plus, mais le logement reste vacant trois mois.
Avec neuf mois loués, les revenus bruts atteignent 20 700 $ CA, soit 3 300 $ CA de moins que dans le premier scénario. Cette simulation pédagogique exclut les frais de relocation, les charges et les différences de solvabilité. Elle illustre pourquoi le loyer annualisé réellement encaissé importe davantage que le prix affiché.
Une annonce qui demeure visible longtemps peut aussi envoyer un signal négatif. Les candidats peuvent soupçonner un défaut du logement ou considérer que le propriétaire n’est pas disposé à négocier. L’allongement de la commercialisation risque ensuite de conduire à des concessions plus importantes.
À ces pertes s’ajoutent potentiellement les dépenses de publicité, de remise en état, de sélection des candidats et de rémunération des intermédiaires. La rotation des locataires peut aussi accélérer certaines dépenses d’entretien. Une tarification trop ambitieuse ne devient donc pas nécessairement plus rentable après signature.
Pour les locaux commerciaux, le risque est particulièrement sensible lorsque le loyer absorbe une part excessive des ressources de l’entreprise occupante. Le locataire peut demander une renégociation, accumuler des retards ou éprouver des difficultés à poursuivre son activité. La stabilité financière du preneur doit faire partie de l’évaluation.
Les règles provinciales apportent également des contraintes distinctes. En résidentiel, la fixation initiale, les augmentations ultérieures et les possibilités de modification ne répondent pas partout aux mêmes règles. Une hypothèse de loyer doit donc être examinée juridiquement avant de servir de base à une projection de rendement.
La performance locative repose davantage sur un revenu régulier et recouvrable que sur la maximisation isolée du loyer mensuel.
Quand faut-il réévaluer la valeur locative d’un immeuble ou d’un local ?
La valeur locative doit être réévaluée périodiquement et lorsqu’un événement modifie les conditions de marché ou les caractéristiques du bien. Une échéance de bail, une rénovation importante, une transformation du quartier ou une vacance prolongée constituent des déclencheurs pertinents. Cette analyse doit toutefois être distinguée des possibilités légales et contractuelles de modifier le loyer en vigueur.
Une revue annuelle représente un bon point de contrôle pour actualiser les comparables, observer les tendances locales et réviser les prévisions financières. Elle ne suppose pas que le loyer puisse être modifié chaque année : la capacité d’ajustement dépend du bail et du droit applicable.
Les situations suivantes justifient une analyse plus rapprochée :
- Une échéance de renouvellement approche et nécessite d’évaluer les conditions économiques du prochain bail.
- Un nouveau pôle d’emploi, une infrastructure ou une transformation commerciale modifie l’attractivité du secteur.
- Des travaux substantiels changent la qualité ou l’usage de la propriété.
- Les loyers comparables récents évoluent sensiblement par rapport à la dernière estimation.
- La vacance se prolonge ou les demandes de visite diminuent malgré une annonce correctement diffusée.
Il convient de distinguer deux objectifs. La réévaluation défensive vérifie si les loyers pratiqués sont devenus insuffisants au regard du marché et des dépenses. La réévaluation offensive recherche les indices d’une surestimation susceptible de compromettre l’occupation.
Les indicateurs diffèrent. Pour détecter une sous-évaluation, comparez les loyers en place à des références homogènes et examinez les échéances contractuelles. Pour identifier une surestimation, suivez la durée de commercialisation, les visites, les candidatures admissibles et les concessions demandées.
Le propriétaire doit également séparer valeur locative de marché, valeur d’évaluation foncière et valeur comptable. Ces notions répondent à des finalités différentes. Une date de référence utilisée en fiscalité municipale ne fixe pas automatiquement le loyer qu’un occupant acceptera de payer.
Dans un bail commercial de longue durée, les clauses de révision, d’indexation, de renouvellement et les options consenties au locataire déterminent les possibilités d’ajustement. Une forte variation du marché ne modifie pas, à elle seule, les obligations contractuelles.
La réévaluation gagne à être planifiée comme un processus de gestion récurrent, tout en restant sensible aux événements locaux exceptionnels.
Comment tester la demande locative locale sans se fier à un seul indicateur ?
Pour mesurer la demande locative locale, croisez les taux d’inoccupation, les annonces concurrentes, leur durée de publication et les réponses effectivement obtenues au loyer envisagé. Aucun indicateur isolé ne suffit : un marché globalement tendu peut comporter un segment surapprovisionné. Le test doit porter sur des biens similaires et sur des candidats correspondant à la clientèle recherchée.
Les statistiques institutionnelles donnent d’abord une vue d’ensemble. Au Canada, la SCHL fournit notamment des taux d’inoccupation et de rotation pour les segments résidentiels couverts par son enquête. Ces données constituent un contexte utile, mais ne remplacent pas l’observation précise des biens concurrents.
Le suivi des annonces permet ensuite d’apprécier la vitesse apparente d’absorption du marché. Il faut surveiller leur ancienneté, les changements de prix et les biens retirés. Une disparition d’annonce ne prouve toutefois pas qu’un bail a été conclu : le logement peut avoir été retiré temporairement ou proposé autrement.
Enfin, la réaction des candidats apporte une information directement exploitable. Le nombre de contacts, les visites organisées, les candidatures complètes et les objections portant sur le prix permettent de vérifier la pertinence du loyer choisi.
Un test de commercialisation à durée définie transforme cette observation en protocole de décision. Avant publication, déterminez une période d’essai et les indicateurs que vous suivrez. Une fois cette période écoulée, comparez les résultats aux objectifs prévus, sans changer simultanément tous les paramètres de l’annonce.
| Signal observé | Interprétation possible | Vérification nécessaire |
|---|---|---|
| Très peu de consultations | Visibilité insuffisante ou offre peu attractive | Diffusion, photographies, descriptif et prix |
| Nombreux contacts, peu de visites | Décalage entre annonce et attentes | Conditions, renseignements fournis et disponibilité |
| Visites fréquentes, peu de candidatures | Prix ou caractéristiques peu convaincants | Retours des visiteurs et comparables concurrents |
| Candidatures recevables rapidement | Offre cohérente avec la demande observée | Solvabilité et conditions du bail |
La saisonnalité exige une lecture prudente. Certains marchés résidentiels canadiens sont plus actifs pendant les périodes de déménagement printanières et estivales, mais les calendriers varient selon les villes, les clientèles et les types de propriétés. La demande étudiante ne suit pas nécessairement celle des logements familiaux ou des locaux professionnels.
Un volume élevé de demandes ne signifie pas automatiquement que les candidats peuvent satisfaire aux conditions financières du bail. Les vérifications doivent rester pertinentes, proportionnées et conformes aux règles applicables, notamment en matière de protection des renseignements personnels et de discrimination.
Les observations obtenues servent ensuite à confirmer une fourchette de loyer ou à corriger les hypothèses initiales avant que la vacance ne s’installe.
Comment évaluer un immeuble commercial avant de présenter une offre d’achat ?
L’évaluation d’un immeuble commercial avant achat doit reposer sur les loyers effectivement encaissés, les baux en vigueur, les dépenses réelles et la capacité du marché à soutenir ces revenus. Comparer les loyers contractuels à la valeur locative actuelle permet d’identifier les possibilités de revalorisation, mais aussi les risques de départ ou de renégociation des locataires.
Un prix d’acquisition ne devrait pas être justifié uniquement par le revenu locatif indiqué dans une annonce de vente. Il faut contrôler la cohérence entre les états financiers, les contrats signés et les encaissements réels. Un revenu élevé peut être temporaire, tandis qu’un loyer inférieur au marché peut rester contractuellement bloqué pendant plusieurs années.
La vérification préalable comprend notamment les documents suivants :
- Les baux signés, leurs avenants et les options de renouvellement ou de résiliation.
- Le calendrier des échéances et les clauses de révision ou d’indexation.
- La répartition des dépenses entre propriétaire et locataires, particulièrement dans les baux bruts ou triples nets.
- Les relevés des loyers encaissés, les arriérés et les concessions accordées.
- Les factures et historiques relatifs aux taxes foncières, assurances, réparations, entretien et gestion.
La distinction entre les différentes définitions de loyer est essentielle. Les données de Statistique Canada sur les loyers commerciaux décrivent notamment un loyer net effectif qui tient compte des incitatifs accordés aux locataires et exclut les dépenses d’exploitation, les taxes et certains loyers additionnels. Comparer ce montant à un loyer toutes charges comprises sans retraitement produirait une conclusion trompeuse.
La valeur locative du marché doit ensuite être rapprochée des conditions de chaque bail. Un locataire qui paie nettement plus que les références comparables peut représenter un risque au renouvellement. À l’inverse, un loyer inférieur au marché peut constituer une possibilité de progression future, sans garantie de réalisation ni droit automatique à une augmentation.
Pour évaluer la capacité de revenu, le revenu net d’exploitation constitue un indicateur central. Il correspond aux revenus d’exploitation immobilière diminués des dépenses d’exploitation pertinentes, avant les frais de financement et selon la méthode retenue. Il faut distinguer les revenus encaissés des projections, ainsi que les charges récupérables des dépenses restant réellement à la charge du propriétaire.
Les provisions pour vacance, les travaux à venir et l’évolution possible des primes d’assurance doivent être examinées séparément. Une sous-estimation de ces postes peut surévaluer le revenu net et, par conséquent, le prix d’achat économiquement justifiable.
Cette analyse permet de négocier sur la base de flux locatifs démontrables plutôt que sur un scénario de croissance non confirmé.
À retenir avant de stabiliser vos prévisions
- Un revenu locatif prévisible repose sur des hypothèses prudentes de loyer et d’occupation, pas uniquement sur la capacité maximale du bien.
- La structure des baux et l’échelonnement des échéances influencent autant la stabilité que le montant des loyers.
- Le suivi des encaissements, de l’entretien et des renouvellements permet d’anticiper les difficultés avant qu’elles n’affectent durablement les revenus.
Comment rendre les revenus immobiliers plus prévisibles malgré les aléas du marché ?
Pour rendre les revenus immobiliers plus prévisibles, établissez des hypothèses de loyers prudentes, prévoyez une marge pour les périodes de vacance et suivez régulièrement les risques locatifs. La diversification des occupants, l’échelonnement des échéances et la connaissance des règles provinciales contribuent également à limiter les variations de revenus. L’objectif est d’anticiper les écarts, non de supprimer toute incertitude.
La première protection repose sur une marge de sécurité à trois niveaux. Le loyer retenu pour les prévisions financières peut être légèrement inférieur au montant demandé, une provision peut couvrir les périodes sans locataire et une réserve distincte doit permettre de financer les dépenses imprévues.
Ces marges ne doivent pas être choisies arbitrairement. La provision pour vacance s’appuie idéalement sur l’historique du bien, les observations du segment local et les conditions de relocation. La réserve d’entretien dépend notamment de l’état technique de l’immeuble, des équipements et des travaux prévisibles.
Pour un portefeuille comportant plusieurs unités ou locaux, la concentration des échéances constitue un autre risque. Lorsque tous les baux arrivent à terme au même moment, un changement défavorable du marché peut toucher plusieurs revenus simultanément. Des échéances décalées réduisent cette exposition, dans les limites des contrats et des règles applicables.
Le suivi mensuel devrait intégrer quelques indicateurs compréhensibles :
- Le taux de loyers encaissés à leur échéance et les montants en retard.
- Le nombre d’unités vacantes et leur durée de commercialisation.
- Les renouvellements attendus dans les douze prochains mois.
- Les demandes d’entretien récurrentes ou susceptibles de générer des dépenses importantes.
- L’écart entre revenus réels, budget et scénarios prudents.
Le cadre réglementaire canadien doit également figurer dans la planification. Les provinces ne prévoient pas toutes les mêmes mécanismes d’augmentation des loyers résidentiels. En Ontario, par exemple, la ligne directrice annoncée pour 2027 est de 1,9 % pour les logements auxquels elle s’applique. Certains logements, notamment selon leur date de première occupation résidentielle, relèvent de règles différentes.
Une ligne directrice d’augmentation ne mesure pas l’évolution du loyer de marché. De même, une hausse anticipée des coûts ne signifie pas qu’elle peut être intégralement transférée au locataire. Les projections doivent donc distinguer évolution économique souhaitée, droits contractuels et augmentations légalement possibles.
Enfin, une prévision robuste comporte plusieurs scénarios : occupation normale, vacance prolongée et dépenses supérieures aux attentes. Leur comparaison montre dans quelles conditions le bien demeure capable de couvrir ses engagements. Pour les immeubles financés par emprunt, les charges financières doivent être prises en compte dans l’analyse de trésorerie, distinctement du revenu net d’exploitation.
La prochaine action consiste à documenter une fourchette de loyer vérifiable, à établir un scénario de trésorerie prudent et à programmer sa révision au prochain changement significatif du marché ou du bail.
La valeur locative correspond-elle au loyer indiqué dans une annonce immobilière ?
Non. Le loyer annoncé représente le prix demandé par le propriétaire. La valeur locative de marché doit tenir compte des montants effectivement acceptés, des caractéristiques du bien, des charges et des conditions locales. Une annonce non conclue ne prouve pas que son prix soit soutenable.
Faut-il estimer un logement au Canada en dollars par mois ou par pied carré ?
Pour un logement résidentiel, le loyer mensuel total constitue généralement le repère le plus directement compréhensible pour comparer des unités semblables. Pour les locaux commerciaux, le loyer par pied carré est couramment utilisé, souvent sur une base annuelle. Dans tous les cas, il faut conserver les mêmes unités et distinguer les charges incluses des montants additionnels.
Une estimation de valeur locative autorise-t-elle une augmentation du loyer en cours de bail ?
Non. L’estimation décrit une valeur économique probable, tandis que l’augmentation effective dépend des clauses contractuelles et des règles applicables. Au Québec, en Ontario et dans les autres provinces, les mécanismes résidentiels peuvent différer. Les baux commerciaux relèvent également de dispositions contractuelles spécifiques.
Peut-on estimer une valeur locative sans disposer de baux conclus comparables ?
Oui, mais le degré d’incertitude sera généralement plus élevé. Les annonces récentes, les statistiques institutionnelles, l’observation des délais de commercialisation et les retours des candidats permettent de construire une fourchette indicative. Il faut alors signaler clairement que les références utilisées sont principalement des loyers demandés.
Quelle différence existe-t-il entre la valeur locative et la valeur marchande d’un immeuble ?
La valeur locative correspond au revenu de location envisageable pour un bien. La valeur marchande représente plutôt le prix probable auquel un immeuble pourrait être échangé dans des conditions de marché appropriées. Les revenus locatifs influencent souvent l’évaluation des immeubles de placement, mais les dépenses, les risques, les caractéristiques physiques et les conditions de financement ou de marché interviennent également.